Pour de vrai - 1ère partie

J'ai le goût de parler d'un bouquin que je viens de terminer. Pour de vrai de François Avard. Un ami m'avait dit qu'il le trouvait très signifiant pour lui et je peux très bien comprendre.
Ma façon de lire est enfantine, quasi impossible pour moi de lire sagement quelques pages chaque jour, comme un beau plat de bonbons sur la table de salon de grand-maman, il me faut voir le fond au plus vite. Après je cogite....s'il me vient le goût de le relire une deuxième fois tranquillement comme un enfant modèle, ça y est, il a franchit le cap des livres qui m'auront marqué. C'est ce qui est arrivé pour ce livre. J'en suis à la deuxième lecture...
Et il y a tellement à en dire que je ne sais plus trop par où débuter. Il y a d'abord la tristesse...ouf que de tristesse sous ce cynisme. Il y a aussi cette notion qui m'intrigue au plus haut point : tous ces gens qui sont demeurés vivants dans notre souvenir, qui ont une place signifiante dans notre hier, que l'on se croirait obligé par décence de revisiter pour expliquer, tenter de se faire pardonner certains dires ou gestes pour s'apercevoir finalement qu'eux nous ont depuis Mathusalem envoyé jusqu'au dernier souvenir dans la déchiqueteuse du temps. Oh que cela titille notre orgueil, ns qui croyons avoir laissé un impact signifiant à chacune des personnes croisées. C'est tellement intriguant et tentant d'en revoir quelques uns, ne serait-ce que pour se rassurer quelque peu.
Il y a aussi les phrases coups de coeur. De celles qui te ramène en arrière pour la relire et relire à satiété. Et il y en a beaucoup dans ce livre. J'avais pourtant lu L'esprit de bottine sans vraiment en garder un bon souvenir, c'était le Avard que j' ai rencontré à quelques reprises, un personnage un peu copié sur Falardeau . Mais dans Pour de vrai, il y a du vrai dans le faux Avard qu'il ns dessine.
Aussi, on ne peut le lire sans faire un sérieux parallèle avec sa propre vie, surtout si on a comme moi le désir de se réaliser enfin dans l'écriture, cet auteur qui remet chaque mot écrit en question, qui se fouille l'âme pour y trouver ses réponses. Le style d'écriture......ouf......si je pouvais un jour espérer ça....jamais je me découragerais d'écrire.....
Bon....va me falloir séparer ça en plusieurs billets, juste pour expliquer ce dont je voulais parler , les mots se multiplient pas mal. Donc la tristesse. Je dirais la tristesse du clown qui après la représentation, les poches vides de tours, se démaquille devant son miroir. Peu à peu on voit apparaître le vrai sous le masque blanc du performer. C'est un peu aussi comme moi, plus je ris, plus je pleure au dedans bien souvent....son cynisme n'est pas Bougon et s'il est quelquefois Bourguignon....il s'en sert principalement pour attaquer ce qui lui semble le plus ridicule chez lui, on ne le voit pas l'employer envers quelqu'un d'autre mais bien juste envers lui-même...bien sûr il est quasi-impossible de démêler le faux du vrai, assiste t-on à l'auto-dérision du vrai Avard? Est-ce qu'il ressent ce maigre estime de lui ou Avard dans le livre est un autre de ses personnages? La description de son art versus celle de François Bourgignon semble pourtant toucher assez fortement au réel, mais il est possible que dans sa vie Avard ne ressente pas ce négativisme vis-à-vis son oeuvre. Il n'en reste pas moins que dans la suite du livre on sent à l'évocation de ce passé réel ou imaginaire que l'homme est à l'heure des bilans et ce n'est jamais de gaieté de coeur que l'on s'y résigne. Il pratique l'antithèse , cher à de nombreux hommes, d'un côté il rejète la vie de banlieue, de famille, avoir une tondeuse, être obligé.......mais d'un autre côté, il pratique avec sa maison un cousinage proche de l'attachement, que sa compagne le quitte ou cesse de l'admirer........et le ciel va lui tomber sur la tête....ils ont besoin de paraître....avoir ce petit air cool d'homme libre, au-dessus de la mêlée stupide du quotidien........alors entre les deux se crée un monde fictif, ni noir, ni blanc....pas tout à fait plongé dans sa vie réelle, et en évidence ne vivant pas non plus celle du héros imaginaire qu'ils veulent paraître..il y a insatisfaction...qui souvent avec les années se développe en amertume alors qu'ils n'ont qu'un pas à franchir ; simplement ouvrir la porte..Si cette vie leur est aussi pesante que leur faux personnage les oblige à faire croire bien divorce, vend la maison, pars en safari, achète toi un loft dans le Vieux et cruse la minette....pas plus difficile que ça....mais non, ils vont passer leur vie avec une conjointe en lui donnant le mauvais rôle pour chaque décision du quotidien....alors que dans le fond ce sont eux qui en sont dépendants. C'est ce que l'on ressent chez Avard....cette ambiguïté entre la vie rêvée et sa vie réelle...........et on le sent à plusieurs reprises très près d,en tirer de l'amertume...
à suivre.....

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