Mamie

À la lumière que je viens d'apprendre que mon fils va être papa, maintenant que l'extase reprend une dimension normale, je pense à ma mamie à moi, ce phare de mon enfance, celle dont le premier nom me vient à l'esprit quand je me revois ti-cul. Ti-bout de femme, encore plus petite que moi en hauteur mais qui de mes 2 pommes et demie de haut m'apparaissait comme une magicienne, avec son chapeau de paille troué, les pieds bien ancrés dans la belle terre de son jardin, les mains sur les hanches....le capitaine de mon navire qui regardant le ciel, scrutant les nuages me disait doucement = rentre tes jouets ma douce y va pleuviote. Moi je ne voyais que le soleil mais si ma mamie voyait la pluie, pluie serait et pluie il y avait.
Elle avait toujours raison et loin de m'agacer, ce fait me remplissait de fierté. Quand elle me disait = touche pas à tes rubans, tes nattes vont se défaire, elle avait raison, à chaque fois je finissais la journée avec les cheveux en broussailles, quand elle me disait que si je mangeais un autre de ses biscuits avant le souper que je n'aurais plus faim et elle avait raison, je chipotais sur mes restes avec la fourchette, incapable d'une autre bouchée, quand elle me disait le butin est sec pourrais-tu aller le ramasser, elle avait raison, j'arrivais à la corde à linge et les draps tout secs flottaient au vent......oui dans les petites ou les grandes choses quand elle le disait c'était vrai, alors quand elle me disait qu'elle m'aimait, je la croyais.......elle était la seule qui me le disait dans cette famille froide comme un hiver sec qui finit pus....et je la croyais.........elle était mon phare, mon capitaine.
La magie des arbres de Noël me vient d'elle, quand j'arrivais pour les vacances de Noêl, il était là et avant même le manteau complètement enlevé j'étais accroupie à ses pieds, il touchait le plafond, remplie de friandises, de décorations, il sentait merveilleusement bon...et c'est moi à qui on demandait de me glisser en-dessous pour remplir la chaudière d'eau nouvelle....quelle merveilleuse tâche. La porte de sa chambre devenait pour cette période l'antre interdit, l'endroit magique d'où jaillissait ces dizaines de beaux paquets, enrubannés, aux milles formes et couleurs qu'elle déposait avec mon grand-père sous le gros sapin. Quand mes parents, mes cousins, la famille arrivait pour fêter Noël, je pouvais dire secrètement à mes cousins-cousines lesquels étaient pour eux. Je ferme les yeux et je nous revois la gang de ti-culs déambuler hypocritement, en jouant les innocents, parmi les adultes au salon pour arriver à faire le tour des fauteuils pour aller observer les plus gros cadeaux placés le long du mur, ma mère jouait au piano, les oncles chantaient, riaient et ma mamie, le tablier à la main nous regardait un sourire aux lèvres. Elle était mon phare, mon capitaine....
Elle est partit sans s'annoncer, comme ça un matin d'hiver alors que les soeurs du couvent tentaient de faire de moi une demoiselle, je l'ai su que quelques quinze jours plus tard quand on a dû trouver pour moi un autre endroit pour mes courtes sorties. Une mamie qui t'aime ça peut pas partir ainsi........mais ainsi va la vie......J'ai fermé mon petit coeur de ti-cul, je l'ai mis dans ma poche en le serrant bien fort de mes petites mains et comme il n'y avait plus de phare, ni de capitaine je l'ai perdu de vue pendant bien longtemps . Je crois bien que c'est aussi un matin d'hiver qu'il est revenu reprendre la place qui lui revenait, quand j'observais ce petit être qu'on disait mien...le même qui bientôt emportera dans ce monde un ou une autre petit ti-cul. J'ai rien d'un phare et je n'ai ni chapeau de paille et grand jardin pour être capitaine mais j'espère que quand je le tiendrai dans mes bras en le berçant où que plus vieux je rattacherai un lacet ou rattacherai une couette de cheveux, si Dieu me prête vie, qu'un peu de mon phare et de mon capitaine à moi passera dans mes yeux lorsqu'il me regardera ....pour que son tit coeur vive sa vie de jeunesse et finisse jamais dans un tiroir....

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